20 January 2013

Sage comme une image

Explorer le disque dur de ma machine à la recherche de photos qui méritent d'être recadrées au format carré, puis les travailler avec Photoshop, pour finalement les publier sur CNN sont des opérations assez prenantes qui occupent une bonne partie de mes soirées depuis le début de l'année. Cette activité m'a permis d'envisager, encore une fois, la photographie sous un nouvel angle et m'a renforcé dans l'idée qu'il ne sert à rien de courir des milliers de kilomètres pour faire de bonnes images, ni même de se creuser indéfiniment la tête pour trouver le bon objet à saisir sur la carte mémoire d'une caméra électronique.

Je remarque surtout que, si parmi les plus anciennes prises de vues numériques, beaucoup restent vides, sans contenu esthétiquement exploitable, c'est bien moins fréquent pour les prises de vue les plus récentes. J'en arrive à penser que je sais, aujourd'hui, à peu près ce que je veux révéler de mon environnement lorsque je me donne la peine de faire quelques images. Je me dis surtout que la photographie représente pour moi un long, très long apprentissage, et que je ne suis pas au bout de mes difficultés dans ce domaine.

Contrairement à ce que la plupart des gens pensent au sujet du numérique, un procédé qui suppose une facilité accrue dans l'obtention de bonnes images, je me rends compte que le fait de pouvoir si commodément déclencher l'obturateur pousse vers une gigantesque prolifération de prises de vues qui, sur le plan esthétique, amène rapidement à la confusion générale. Ce qui ne facilite rien pour celui qui cherche à orienter la création photographique dans un sens réellement significatif.

J'ai l'impression que, par rapport à la photographie au temps révolu de l'argentique, le fait qu'aujourd'hui tout objet, toute scène de la vie quotidienne pouvant être photographiés sans restrictions — financières en particulier — amène à faire une sélection a posteriori des images valables, alors qu'auparavant cette sélection se faisait, en partie, mentalement avant même d'être amené à enfoncer le déclencheur des anciennes caméras. En résumé : on ne photographiait pas, du temps du film argentique, dix fois n'importe quoi, sous n'importe quel angle, par n'importe quelle lumière en se disant qu'on ferait un tri plus tard, ce qui est très souvent le cas actuellement.

Cette situation conduit à voir sur les écrans des milliers de photos qui, sans la réduction phénoménale du coût d'une prise de vue, n'auraient certainement pas vue le jour. Et, bien entendu, on doit aussi prendre en compte la facilité avec laquelle cette prise de vue peut être montrée à de nombreuses personnes lorsqu'elle est mise en ligne sur le Net, alors que, développée sur du papier, elle n'aurait été visible que pour très peu de gens.

Indubitablement, ce nouvel état de fait, modifie le regard que l'on porte sur la photographie en elle-même, mais aussi, en tant que pratique, création d'une forme esthétique. Même si l'on ne considère la photographie que pour sa fonction mémorielle, jalon chronologique numérisé pour rappels à souvenirs, ce qui est sûrement et largement la pratique la plus fréquente, la prolifération vertigineuse des clichés modifie, là encore, notre perception du monde photographique, mais aussi notre rapport au monde tout court en le surchargeant de représentations qui laissent de moins en moins de place à notre imaginaire.

J'ai donc eu de grandes difficultés à me faire une idée de ce qui était réellement intéressant — pour moi, tout au moins — au milieu de cette immense carrousel pictural présenté sur le Web. J'ai voulu choisir les images qui, subconsciemment, me serviraient en quelque sorte de référence lorsque je serai amené à déclencher l'obturateur de ma caméra. Opérer un tri, parmi les centaines de photos que je regarde quotidiennement défiler sur l'écran pour ne retenir que celles sur lesquelles ma pratique pourrait éventuellement s'appuyer, fut un long travail qui m'a souvent procuré une certaine satisfaction, chaque fois que mes recherches occasionnaient la découverte de belles images. Les belles images rendent sage.

Au court de ce tri, mon regard a changé. Cette évolution dans ma façon d'envisager les caractéristiques d'une bonne photographie m'a ramené, ce mois-ci, à revisiter avec un oeil légèrement différent mes archives qui, en réalité, ne sont pas très épaisses. Je me suis surpris à sélectionner des images que j'aurais d'emblée écartées, il y a seulement quelques mois.

Je pense aussi que le fait de manier Photoshop avec un peu plus de subtilité qu'auparavant a joué dans cette nouvelle sélection. Mais là encore, il me reste de sérieux progrès à faire, non pas dans la manipulation de ce logiciel qui n'a plus de secrets pour moi, mais des progrès à réaliser quant au dosage des modifications, des opérations que je fais subir aux photos que je travaille. Il me faudrait obtenir une meilleure unité, surtout dans les tonalités des images qui pourraient composer des séries. Ce que je suis encore incapable de faire correctement, parce que je traite chaque image individuellement sans prendre en compte son insertion future, lors de la publication, dans un groupe de photos assez volumineux.

Si ce n'est BBL, qui commente franchement mes photographies, je ne bénéficie d'aucune critique qui me permettrait d'avancer plus rapidement dans mes tentatives d'améliorer la qualité de mes images. Je suis obligé de me guider en essayant d'être le plus objectif possible vis à vis de ce que j'affiche en ligne, mais ça ne me mène pas très loin. Aussi, tant bien que mal, je compare mes photos à celles de quelques photographes reconnus dont j'aime le travail, ce sont les seuls repères dont je dispose, mais ça ne m'aide pas vraiment.

Enfin, de tout manière, je pense que tout ça n'a pas beaucoup d'importance. Je n'ai pas pour ambition de voir un jour mes images publiées sur du papier glacé par un éditeur quelconque. D'ailleurs, je n'ai jamais pris la peine de développer sur papier aucune de mes photos depuis que j'utilise une caméra numérique, c'est à dire depuis une dizaine d'années. C'est quelque chose que je n'ai pas une seule fois envisagé.

Je crois que si j'écris, comme je viens de le faire ici, c'est avant tout pour un usage personnel, histoire de mettre de temps en temps un peu d'ordre dans mes idées. Concernant la photographie, c'est à peu près pareil. Si je m'adonne régulièrement à la prise de vues au moyen d'un appareil numérique, c'est non pas pour mettre de l'ordre dans mon paysage mental, mais pour permettre à ma cervelle de faire des allés retours entre la réalité ordinaire et mouvante, perçue quotidiennement par mon regard, et le reflet fixé, immobilisé, réifié d'un infime fragment de cette réalité, transcrit photographiquement — ce qui veut dire qu'une photo n'a qu'un très lointain rapport avec la réalité. Ainsi, par cette transcription, j'offre à mon imaginaire une manière supplémentaire d'appréhender le monde, de l'approcher sous un angle différent. De plus, je peux modeler ce reflet, canalisé en électrons numériquement circonscrits et ordonnés, ne serait-ce qu'en le recadrant, sous une forme qui me sera plaisante à voir, soit la traduction de la transcription original. J'aurais alors la possibilité de montrer cette traduction, de la communiquer, d'exprimer autrement que par la parole un point de vue, une opinion sur le monde.

Oui, tout compte fait, pour moi, la pratique de la photographie est avant tout, un véritable moyen de compréhension du monde, puis d'expression, et non pas un simple procédé d'enregistrement afin de produire du souvenir visant à palier une déficience de la mémoire. Un photo ne représente pas à mes yeux une police d'assurance faite pour un homme apeuré par l'éventualité d'une dégénérescence cérébrale engendrée par la maladie ou la vieillesse. Certains — ils sont nombreux — voient la photographie sous cet aspect là, mais pas moi. Je pense que ce procédé vaut mieux que ça.

08 December 2012

Les mouches en hiver

Ça ne se produit pas souvent, mais ça m'arrive de temps en temps : je ne sais pas quoi faire. Je n'ai pas envie de lire, encore moins de surfer sur le Web, et si je me mets à écrire, c'est seulement pour m'occuper, pour ne pas rester le nez en l'air à regarder les mouches voler, d'autant plus, qu'à l'orée de l'hiver, il est bien peu probable que mon regard puisse suivre le vol nerveux d'une mouche zigzaguant sous le plafond. Alors, en attendant de déterminer à quelle activité intéressante je pourrais me livrer, je déroule quelques phrases sur Traverses. Je pourrais dire que, depuis hier, le froid s'est installé sur la région, porté par le Mistral qui passe sur les Cévennes où il a peut-être commencé à neiger. C'est-à-dire que je pourrais m'étendre sur les conditions climatiques, car c'est souvent la première chose qui vient à l'esprit quand on n'a rien à dire. Je pourrais donc le faire, mais je ne le ferai pas parce que je pense avoir la possibilité de parler d'autre chose que de météorologie... D'astrologie, par exemple. Pour cela rien de plus simple, il me suffit de lire l'annonce du jour relevée sur n'importe quelle feuille de chou éditée en ligne et de dire ensuite si les prévisions faites ce matin correspondaient ou non aux événements de la journée qui est, maintenant, sur le point de finir. Mais, ça non plus, je ne le ferai pas. J'ai la flemme d'aller chercher cette information sur le Net. Je pourrais évoquer les conversations tenues avec mes animaux après le repas, quand nous sommes réunis et rassasiés autour des gamelles presque vides, pour parler de choses et d'autres, des aléas de l'existence, de la marche du monde. Mais non, c'est sûr, je ne ferai pas çà. Tout simplement parce que la teneur de nos discussions ne regarde personne : ces échanges de paroles entrent dans le cadre de la vie privée que je n'ai pas l'intention de dévoiler, sachant que n'importe qui peut lire ce billet. De toute façon, c'est sans importance, puisque mon but est presque atteint : arrivé ici, là, sur ce mot, j'ai allègrement dépassé les 2100 signes, ce qui est largement suffisant pour composer un billet. Je viens d'ailleurs de faire la preuve que je suis en mesure d'employer mon temps à autre chose que de suivre des yeux les mouches qui ne zigzaguent pas sous le plafond, sachant que nous sommes presque en hiver et qu'il fait vraiment froid depuis hier. Mais, encore une fois, laissons les conditions météorologiques de côté, et finalement applaudissons des deux oreilles pour avoir su si bien employer la fin de la soirée en rédigeant un billet qui, par son insignifiance criante, chagrinera celui qui aura la patience de le lire en entier, mais qui me procure la douce illusion de ne pas avoir perdu mon temps en regardant voler les mouches qui, de toute manière, ne volent pas. N'oublions pas que nous sommes en hiver et, qu'en cette saison, un blogueur doit occuper ses soirées du mieux qu'il le peut. Ne pas désespérer, l'été viendra !

03 December 2012

Poème à la con

Caché dans les buissons, moi, le moujik affamé en haillons, blafard et déchaussé, je chante de belles chansons, je danse, je dessine au crayon, j'apprends, j'écris et je récite des poèmes à la con. Hier, à midi et demi, je sortais de prison. Mon âme est morte dans la nuit, noyée dans la fontaine où, ivre d'avoir perdu mes chaînes, je suis tombé. Mon âme de poète clamsée, noyée dans les tourbillons, mes vers ne sont plus très bons, moins bons que ceux que j'écrivais en prison ; mais ces vers restent très chers à mon coeur. Lecteur, toi qui lit mes poèmes à la con, ne soit pas si sévère, je ne suis qu'un pauvre moujik hagard et en haillons qui a perdu son âme, à deux pas de la gare, dans une fontaine où sourd l'eau marron. Aide-moi à retrouver mon âme, ne t'empresse pas de me couvrir de blâmes. Si tu penses que mes poèmes sont vraiment mauvais, passe près de la fontaine qui a volé mon âme, rends-toi donc à la gare, saute dans le TGV bourré de Mallarmé bien inspirés et de Chateaubriand bien croustillants. Lecteur, fonce à quatre cent à l'heure vers La Capitale, va au café des Fleurs, installe-toi parmi les poètes, ces travailleurs bien nourris, bien habillés, bien branchés, écoute leurs conversations à la con. Et puis reviens, lecteur, reprends le TGV, reviens vers mes buissons, pour me dire qui sur cette terre fait les meilleurs vers, qui sont les véritables poètes à la con. D'ici là, j'aurai sûrement repêché mon âme, jeté mes vieux crayons, reprisé mes haillons. Quand tu seras de retour, lecteur, alors sonnera, pour le vieux moujik que je suis, l'heure de quitter les buissons. Ainsi, viendra l'instant du retour vers ma première maison. J'irai jusqu'au bout du champ retrouver le grand chêne au pied duquel j'enterrerai mes poèmes à la con, tous ces longs vers amers écrits en prison.

21 November 2012

Exorcisme

Je ne me souviens plus de la date exacte à laquelle j'ai acheté un Nikon CoolPix 4500, ma première caméra numérique, mais je suppose que cela remonte au mois de novembre 2002, puisque, parmi les photos que j'ai conservées, 18 sont classées dans le dossier le plus ancien de mes archives Images, portant la date du 16 novembre 2002, dont celle publiée ci-contre. Voilà donc 10 ans que, muni d'un appareil numérique, je découpe, sans état d'âme particulier, la surface du monde dans des formats pixellisés. J'ai lu et entendu toutes les théories possibles et imaginables sur la photographie. Je me garderai d'exposer ma conception de l'art, parce que ce que je pourrais en dire ce soir ne correspondra certainement pas, ou peu, à ce que j'en penserai demain. Mais, ce qui me convient parfaitement, c'est l'idée que la photographie soit en partie liée à un rituel magique, comme le suggère Jean Baudrillard : « La photographie, c'est notre exorcisme. La société primitive avait ses masques, la société bourgeoise ses miroirs, nous avons nos images. » Alors, pour exorciser mes vieux démons virtuels, depuis 10 ans, je pixellise.

07 November 2012

La Distinction

Je n'aime pas écrire le matin. Je n'aime rien le matin. Si Pat, le plus glouton de mes animaux, m'oblige à sortir du lit quotidiennement, lorsque le jour se lève — vers 7:00 AM en cette période de l'année —, pour lui servir son petit-déjeuner, je ne me sens véritablement réveillé que 4 ou 5 heures plus tard. Étant donné que je considère l'écriture comme une corvée, on peut comprendre aisément que je ne suis pas en état d'aligner dix mots quand pèse encore lourdement sur ma cervelle la sensation d'avoir encore sommeil. Une douche à l'eau froide, quelque soit la saison, et quelques litres de café ne sont pas suffisants pour me délester de cette somnolence matinale qui paralyse en grande partie mon activité. Voilà pourquoi, généralement, mes rares billets ne sont écrits et publiés que tard dans la soirée.

Le matin, je me contente souvent de lire des textes sans importance qui ne demandent aucun effort intellectuel, des choses informes, sans relief, publiées sur des blogs que les moteurs de recherche classent sous le thème "Littérature". Dire que je lis, n'est pas exactement ce qui correspond à ce passe-temps matinal, car en réalité je ne fais que survoler les billets d'auteurs à l'avant-garde de "la web-littérature" [sic] d'un oeil à peine entrouvert, en n'allant que très rarement au bout du texte qui défile sur mon écran, car, de toute façon, même en étant bien réveillé, ces billets restent illisibles et n'ont aucun intérêt.

Alors, pourquoi passer du temps à survoler des choses insignifiantes ? Pour ne pas perdre de vue que je vis dans un monde peuplé de gens médiocres, inconscients de leur médiocrité, mais animés par la volonté de prendre ne serait-ce qu'une parcelle de pouvoir sur l'autre afin de l'amener à penser, puis à agir comme ils croient bon de le faire. Individuellement, ces gens se savent impuissants. Mais, ils savent qu'en se regroupant, d'une manière ou d'une autre, ils seront peut-être en mesure de peser sur les mentalités et de faire passer leurs idées — en admettant qu'on puisse parler d'idées.

Ces pauvres gens font ce qu'ils peuvent pour tenter de disposer d'un compte bancaire culturel suffisamment important, ce qui les placerait dans une position dominante au sein de la société, mais ils ne s'en donnent pas vraiment les moyens, et passent ainsi leur existence à se casser le nez. Comme le faisait remarquer, il y a quelques années, un sociologue médiatique bien connu du public français : « Tout prédispose le petit-bourgeois à entrer dans la lutte de la prétention et de la distinction, cette forme de la lutte des classes quotidienne d'où il sort nécessairement vaincu, et sans recours, puisqu'en s'y engageant il a reconnu la légitimité du jeu et la valeur de l'enjeu. »

Par charité, je me dis qu'il faudrait faire comprendre à ces pseudo-lettrés qu'ils s'épuisent inutilement. Et que, même s'ils parvenaient à vendre dix epub dans leur vie, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Car, comme le dit Le sociologue, caresser l'espoir de devenir un écrivain reconnu, en s'attelant en dilettante à cette tache, est une entreprise forcément vouée à l'échec. De surcroît, je pense qu'il faudrait leur faire entendre que se renforce par cette pratique, animée par de vaines prétentions, le système hiérarchique opprimant qui est à l'origine de leur mal-être.

Les petits bourgeois bohèmes rêvent d'une société égalitariste, débarrassée de toute passion élitiste, où la production intellectuelle de l'un n'aurait pas plus de valeur que celle de l'autre. Un rêve qui les déchargerait d'être en permanence dans une compétition pour laquelle ils sont très mal préparés, les obligeant à vivre dans un monde où il se font en permanence marcher sur les pieds.

Au lieu de foutre le feu aux écoles, aux journaux, aux TV, aux cinémas, aux théâtres, aux salles de concerts, aux galeries d'art, aux musées, aux librairies, aux bibliothèques, ce qui les affranchirait du joug de la Culture et, par conséquent, du grappillage intellectuel quotidien auquel ils se livrent pour se constituer un petit pécule symbolique, les petits bourgeois bohèmes font tout le contraire : ils sacrifient leur temps libre et ce qui leur reste d'énergie, après une journée de labeur, à renforcer un système solidement appuyé sur "la distinction" qui les contraint à « la fréquentation des antiquaires, la prédilection pour un intérieur confortable et pour une cuisine de tradition, la fréquentation des musées du Louvre et d'Art Moderne, le goût du Concerto pour la main gauche dont on sait qu'il s'associe presque toujours à la pratique du piano » et, bien sûr, à la production d'epub, summum sur l'échelle des valeurs distinctives.

Ce type d'activités va à l'encontre de l'idéal égalitariste des créateurs de "la web-littérature", de leur volonté de démocratiser la production artistique, comme le souhaitait une professeure certifiée de Clermont-Ferrand en conclusion d'un échange de commentaires sur Google Plus : « Un dernier mot..... une conversation, qui fait réfléchir sur ce qu'est l'art, et qui me conforte ds l'idée d'humilité, et de proximité, je n'aime pas les hiérarchies, ou les classifications, qui donnent des prix, mais j'aime l'idée d'un art proche, accessible, encore une fois, un art populaire, je n'ai pas dit folklorique, encore moins démagogique, mais tissé, ds la vie de tous les jours, et de tous, travaillant la vie de tous les jours, et de tous, comme un ferment....! » Aussi, les intellos du Web doivent faire face à une structure bien connue, celle du dilemme du prisonnier : la situation à laquelle parviennent les protagonistes, s'ils ne coordonnent pas leur décision, est inférieure pour chacun d'eux à celle à laquelle ils accéderaient si collectivement les acteurs s'entendaient avant d'agir.

Si, d'un commun accord, tous les bobos intellos renonçaient à écrire des epub, leur capital symbolique resterait intact, leur vie ne serait pas travaillée tous les jours par "le ferment de l'art", et ils n'auraient plus à se tuer sur le Net où tous bataillent pour briller sans jamais y parvenir réellement ; en revanche, ils y gagneraient en siestes plus fréquentes, se coucheraient plus tôt dans la semaine, ne seraient pas agrippés au clavier du PC tous les dimanche et jours fériés, et, bien sûr, ils vivraient plus heureux en maltraitant beaucoup moins souvent leur petite cervelle improductive toujours au seuil de la rupture d'anévrisme.

Évidemment, les producteurs acharnés d'epub ne se mettront jamais d'accord pour faire cesser collectivement leur manie consistant à remplir de mots inutiles des montagnes de pages électroniques, parce qu'ils sont arrivés à se persuader que leur vie dépendait de cette activité. Il n'est pas rare de lire, çà et là, sur les blogs constituant "la web littérature", des phrases qui disent peu ou prou la chose suivante : « J'écris d'accord mais pourquoi ? Merci de m'avoir permis d'évoquer cette question. Écrire, lorsque c'est un besoin vital, une pulsion impérieuse, une évidence comme respirer et manger, c'est amener de la lumière, de l'oxygène, de la nourriture à soi d'abord. Puis, aux autres peut-être... au monde pourquoi pas. Écrire c'est être un témoin transmetteur sans savoir ce qui sera transmis et avec l'espoir fou que cela amènera peut-être à une personne un supplément d'âme, une seule personne et c'est bien suffisant pour écrire toute une vie. Faute de témoin transmetteur, il me semble que des pans entiers de vie seraient voués à l'oubli, ... rien que pour ces morceaux d'humanité sauvés sur une page, dans une lettre, ça vaut toutes les peines d'écrire. — Sandrine » Enfermés dans un état d'esprit pareil, les graphomanes du Net semblent actuellement incurables. D'autant plus que pas l'un d'entre eux n'essaye de se départir du cette espèce de dogme, ni d'en élucider l'origine qui pourtant me semble assez évidente.

Mais, bon... Loin de moi l'idée de modifier le comportement de pauvres gens, qui se complaisent à embrouiller leur petit cerveau en s'adonnant à des exercices périlleux pour leur équilibre mental, prêts à engager en vain une bonne part de leur faible énergie et même à sacrifier des jours fériés, puisque ça leur procure la douce illusion de faire progresser dans le meilleur des sens possibles l'entité la plus importante à leurs yeux : l'Humanité. Chacun sa religion !

10 October 2012

Opinion

Je m'intéresse à la politique comme à la religion, mais aussi à un tas d'autres choses qui meublent le quotidien des hommes et des femmes avec qui je partage une portion de territoire sur cette maudite planète. Je veux savoir ce qui les anime, comment leur imaginaire est travaillé par les mythes, et les conséquences que cela peut avoir sur le paysage qui s'étend sous mes yeux. Mais, je ne participe en rien à toutes ces histoires : je ne me sens absolument pas concerné par tout ça. Si je m'y intéresse, c'est justement pour deviner où se cachent les espaces, les interstices qui restent inoccupés, à l'abri des tentacules des idéologies, hors du merdier habituel, pour pouvoir les investir en espérant toujours échapper à cet immense bordel. Car j'essaye en permanence d'avoir la paix, ainsi que le maximum de liberté — c'est-à-dire pas grand chose, mais toujours plus que n'importe quel citoyen, n'importe quel dévot républicain qui barbotent volontairement dans la démocratie, l'eau bénite de la politique, ce cloaque pour lequel ils sont prêts à se battre.

09 October 2012

Effluves de chicorée

Selon la critique toujours aussi fumeuse de Pierre Assouline, « le miniaturiste en Echenoz n’a pas son pareil pour dire en passant "le ronflement rauque du couteau à pain sur la croûte" suivi du "tintement de petites cuillers dans les effluves de chicorée" ». Deux phrases qui d'emblée me dissuadent de lire un type comme Echenoz, alors qu'elles sont censées m'y encourager. Je demande ce qui pousse les lecteurs à parcourir actuellement, c'est-à-dire depuis un demi-siècle, les textes des auteurs de fiction français, ce qu'ils y cherchent et ce qu'ils y trouvent. De Tournier à Djian — ou qui vous voudrez à la place de Djian —, en passant par Le Clésio, chaque fois que j'ai essayé d'entrer dans l'univers de l'un de ces écrivains — appelons-les ainsi —, j'ai rapidement reculé pour refermer solidement la porte : les vingt ou trente premières pages, dans lesquelles je m'étais engagé, me hurlaient de fuir, de ne pas perdre mon temps.

Quand je pense que certains éditeurs — appelons-les comme çà — tentent de me vendre des textes illisibles, qui n'arrivent même pas à passer les barrières, pourtant très peu élevées, des grandes maisons d'éditions françaises, en qualifiant ces ramassis de mots — souvent mal orthographiés —, de "littératures d'avant-garde", je me demande s'il me faut rire ou pleurer. Je me demande surtout comment ces textes sous forme de .pdf ou de .epub trouvent des lecteurs, sachant que j'ai déjà pas mal de mal à comprendre qu'il puisse y avoir de gens pour acheter et lire Tournier, Echenoz, Djian et compagnie...

J'ai parlé de ça à mes animaux. Je leur ai demandé ce qu'ils en pensaient. Ils n'ont pas mis longtemps à délibérer : « Ne te casse pas la tête, la cause est évidente : ces lecteurs sont bêtes, tout simplement bêtes et incultes, bien qu'ils prétendent le contraire. Ils ont surtout beaucoup trop de temps à perdre. Et la littérature — employons cette dénomination — française actuelle est le meilleur moyen de perdre son temps, avec un rapport vacuité / prix inégalable pour les textes "non-matérialisés", fabriqués et vendus par une flopée d'imposteurs quasi illettrés, déguisés en écrivains d'avant-garde et poussés sur le devant de la scène Web par de petits techniciens déclassés du monde industriel, mais néanmoins malins, avides d'argent facile. »

19 September 2012

Festivus est déprimé

L'équinoxe d'automne aura lieu dans trois jours, mais on sent bien que l'été est déjà fini. Depuis plus d'une semaine, les températures maximum ne passent pas la barre des 25°C. Hier, le ciel est resté gris presque toute la journée. Aujourd'hui, le vent frais soufflant du nord n'a pas chassé tous les nuages qui, furtivement, voilent assez souvent le soleil. Je ne regretterai pas cet été moribond, avec son atmosphère trop fréquemment chargée d'humidité faisant de cette saison une période désagréable à vivre. De toute façon, mes animaux et moi, nous sommes contents de voir venir l'automne parce que c'est la saison que nous préférons.

A cette époque, l'homo festivus est généralement déprimé, car il doit reprendre un travail qu'il déteste et sait qu'il va avoir des difficultés répétées pendant onze mois. Comme il n'a pas beaucoup le moral, il a tendance à la mettre un peu en veilleuse, d'autant plus qu'il faudra qu'il tienne le coup jusqu'aux premiers congés, c'est à dire jusqu'en novembre. Le beau bronzage, récolté en même temps que les mycoses sur les plages de la région, a déjà disparu — restent les mycoses —, ce qui accentue la mine maladive et l'impression que ce malheureux travailleur connaît toutes les peines du monde à reprendre le chemin de son existence routinière. Il a dansé tout l'été, le voici en train de claudiquer. D'ailleurs, les médias, à la solde des puissants — c'est bien connu, mais rarement admis —, font tout pour lui faire voir l'avenir sous le jour le plus sombre, histoire de calmer même les plus festivus de son espèce.

Alors, quand je délaisse un moment mes animaux pour aller au ravitaillement, je croise sur mon trajet, dans les rues et les supermarchés, des ombres blafardes* presque silencieuses, de tristes individus faciles à ignorer, accentuant ainsi la merveilleuse illusion d'être presque seul au monde, le dernier des hommes, des vrais, des sapiens.

Vive la fin de l'été, vive la rentrée, vive le début de l'automne, vive l'augmentation du pétrole et du gaz, et même des cigarettes ! Vive la crise !

* Notez l'oxymore, fait pour hausser d'un cran la valeur poétique du texte

01 July 2012

Touriste versus sportif ou artiste

Temperature: 18.1°C | Humidity: 94% | Pressure: 1018hPa (Falling) | Conditions: Light Rain | Wind Direction: NNW | Wind Speed: 8.0km/h Je viens de copier le bulletin météo sur Weather Underground. On a un peu de mal à croire qu'il s'agit d'un relevé fait un 1er juillet. Je ne me plains pas parce que, lorsqu'il fait chaud, ici, à Montmerdier, on a l'impression de vivre sous les tropiques. Dans cette maudite région, il ne fait que très rarement chaud et sec, en été. Généralement, quand les températures passent la barre des 30°C, le taux d'hygrométrie est au dessus de 60 %. C'est très désagréable.

Quand je pense qu'il y a des gens qui sont prêts à rester coincés des heures durant dans une bétaillère volante pour atteindre des endroits où ils vont transpirer à grosses gouttes toute la journée et même toute la nuit, s'ils ne se sont pas réfugiés dans une chambre climatisée, et que ces gens-là payent pour ça... Pire : quand je pense qu'ils osent raconter à leur retour qu'ils ont vécu, le temps de leurs vacances, dans un lieu paradisiaque... Je me dis que les propagandistes au service de l'Industrie du Tourisme sont vraiment des cadors !

Quant aux touristes, n'en parlons pas. Sur l'échelle des imbéciles, je suis parfois tenté de les classer sur un niveau inférieur à celui des sportifs qui représentent pourtant le bas du tableau. Un premier échelon que ces derniers se disputent avec les acteurs, les musiciens, les photographes, les écrivains, globalement les "artistes". C'est à dire tous les bas-de-plafonds que les médias audio-visuels français drainent vers leurs studios, exhibent sur des plateaux. Car, les touristes font de gros efforts pour paraître encore plus cons que ces deux catégories de crétins.

La seule différence, c'est que les touristes ne sont pas des professionnels et qu'ils ne peuvent pas se permettre d'être aussi cons toute l'année : ce ne sont que des intermittents de la connerie. Alors que les sportifs et les "artistes" ont fait de la pure bêtise un métier.

Je me demande si ces crétins professionnels sont moins cons lorsqu'ils sont en vacances, s'il leur arrive de prendre un peu de repos. Mais je crains que non. On le sait : quand les sportifs et "artistes" ne travaillent pas, la première chose qu'ils font, c'est pendre un avion pour partir sous les tropiques et jouer aux touristes... Putain de civilisation !

18 June 2012

Soumission volontaire aux chaînes

C'est en lisant la news letter du quotidien suisse, Le Temps, que j'ai appris les résultats du second tour des élections législatives qui s'est déroulé hier : "Le Parti socialiste remporte la majorité absolue, mais l’échec de Ségolène Royal à La Rochelle ternit la victoire aux élections législatives. Marine Le Pen rate son entrée à l’Assemblée nationale, mais sa nièce et l’avocat Gilbert Collard entrent, eux, au parlement".

Je n'avais pas branché la radio depuis samedi matin. Et, il m'arrive de moins en moins souvent de lire la presse en ligne. Je ne pense plus à ouvrir mes comptes Twitter — il me faut être complètement désœuvré, en panne d'idées récréatives, pour être incité à le faire. Et quand ça m'arrive, je quitte généralement les pages de Twitter au bout de cinq minutes, tellement l'insignifiance des messages m'accable. Dire que j'ai passé des heures face à l'écran de mon PC, fasciné par les flux de ce réseau social... En y repensant, je me demande ce que je pouvais trouver d'attrayant dans cet infâme marécage.

Si j'ouvre encore Google Plus assez régulièrement — une ou deux fois par jour —, c'est pour me tenir au courant de ce que peuvent annoncer en ligne deux ou trois de mes contacts les plus proches. Autant dire, pour résumer, que la façon dont tourne le monde, et particulièrement le monde virtualisé, m'est de plus en plus indifférente.

Dans le domaine des réseaux sociaux, seul Pinterest trouve encore grâce à mes yeux, bien que progressivement le temps que je passe quotidiennement à construire une collection d'images se fait de plus en plus bref. Pour le moment, je ne suis pas sur le point d'abandonner ce réseau : j'y trouve encore des choses qui animent la curiosité qui me porte vers la découverte en ligne des arts plastiques. Par son fonctionnement, Pinterest me procure aussi le plaisir de contempler en photos une foule de beaux animaux — "beaux animaux" est un pléonasme, les animaux sont toujours beaux, seuls les quadrupèdes humains sont laids, et très exceptionnellement beaux.

Je m'égare un peu, mais pas tant que ça, puisque, si je me préserve des informations qui passionnent mes contemporains — la politique, le sport, l'économie, les divertissements, les produits de consommations, le travail, le sexe, les maladies, le tourisme, etc. —, en ne prêtant plus attention aux pseudos évènements dont ils sont abreuvés jusqu'à l'ivresse, on comprendra que c'est parce que je classifie tout ce qui apparaît indispensable à leur triste existence comme absolument inutile, et que je me contente, au contraire, de ce qui leur semble totalement futile, tel que le plaisir de discuter longuement avec mes animaux. Mes animaux m'en apprennent bien plus sur le monde que toutes les chaînes d'informations réunies.

Une mouche m'est dix fois plus précieuse qu'un connard comme ce Thierry Roland que la France entière vient de pleurer à chaudes larmes. C'est d'ailleurs pour éviter d'entendre les monstrueuses jérémiades qui, dès l'annonce de la mort de l'idole nationale du jour, commençaient à parasiter les ondes que je n'ai pas remis la radio au cours de ce week-end. Putain de civilisation !